Ouest-France du 25 janvier 2013

Petitrenaud, le show au service de la gastronomie

Le critique gastronomique Jean-Luc Petitrenaud tournait, hier à Deauville, un épisode de son émission « Les escapades de Petitrenaud » qui sera diffusé le dimanche 3 mars sur France 5.

Cul sec, il vide un deuxième verre de vin blanc. La terrine de pâté, le jambon à l’os, le boudin noir et le pont-l’évêque ont été disposés sur le comptoir du restaurant L’Essentiel. Il peut entrer en scène. « Il », c’est Jean-Luc Petitrenaud, le critique gastronomique à la cravate colorée, aux lunettes rondes et cheveux blancs, qui propose chaque dimanche, vers midi, à deux millions de téléspectateurs de France 5, de découvrir un petit bout de notre terroir à travers des hommes et des femmes.

https://www.youtube.com/watch?v=9bv_pwo2UUk

Lui dit : « Je mets en valeur des gens qui ont une jolie petite mélodie et qui apportent à la télévision le fruit de leur courage. » Aujourd’hui, c’est Charles Thuillant et sa femme Mi-Ra, d’origine coréenne, qui sont à l’honneur. Ou plutôt leur cuisine, qui entremêle saveurs occidentales et asiatiques. Demandez le menu. Saumon Ora King mariné, pardaillan râpé condiment cresson wasabi – bœuf de Wagyu, légumes de saison, condiment Ssamsang. Et en dessert : poire pochée au yuzu, farci sésame cacahuète, sauce gianduja. « Ils ont une façon particulière de faire la cuisine », note Claudy Toche, la productrice de l’émission.

« Y a pas plus moderne que la tradition »

Jean-Luc Petitrenaud, une façon particulière d’en faire la promotion. « Tout est improvisé », reprend Claudy Toche, appuyée sur une canne noire. « Sans fiche ni oreillette. » Levé aux aurores, le critique gastronomique a pris le temps – « devant le café et le pain beurré » – de discuter avec son hôte. « Il a besoin de s’imprégner de l’ambiance », confie la productrice, à ses côtés depuis 17 ans. Elle fait confiance à Petitrenaud qui n’a pas son pareil pour parler « amour de la France » D’ailleurs, la première prise « est toujours la bonne » Lui dit : « Quand tu filmes un match de rugby, tu ne sais pas où le ballon va partir. Eh bien dans mon émission, c’est pareil. »
Un cameraman vient de donner le coup d’envoi. D’un geste brusque, Jean-Luc Petitrenaud pousse la porte du restaurant – aux murs gris et rouge, à la déco sobre mais efficace – référencé au guide Michelin. Le show peut commencer. Face à la caméra, Mme Martin censée venter son fromage est beaucoup moins à son aise. Il la prend par l’épaule, l’invite à se laisser porter. Il parle fort, guide, commande son équipe. C’est lui le maestro.
Le grand gourmand sur France 3 entre 1996 et 1999, La carte postale gourmande entre 2000 et 2006 sur France 5 et maintenant Les escapades de Petitrenaud. « Ses émissions sont toujours très vivantes », sourit Claudy Toche. Petitrenaud a le sens de la formule pour en faire leur promotion : « Y a pas plus moderne que la tradition » ou encore « Les Américains et les Chinois ne nous auront pas. » Il revendique une certaine forme de nostalgie :

« Tu ne peux pas être gourmand sans être nostalgique. T’es toujours à la recherche du bonheur que te procurait la blanquette de ta grand-mère. »

« Coupez ». Dix minutes plus tard, la séquence est dans la boîte. Jean-Luc Petitrenaud ne quitte pas le comptoir, se coupe une tranche de jambon. L’avale. Rit, apostrophe, tutoie à tour de bras. La caméra ne filme plus mais le show continue.